Fiche établie avec l’aide
de Christian Frappa
et Geneviève Chuzel

 

 

La bourrée est une des danses les plus anciennement connues. Son origine n’a jamais pu être précisément déterminée.

Le premier écrit faisant mention de la bourrée remonte à la première moitié du XVIIème siècle. Fléchier en 1665 dans ses mémoires note le succès de cette danse; Madame de Sévigné dit la voir danser à Vichy par des gens du pays en 1676 (nous vous renvoyons encore une fois à l’ouvrage de référence d’Yves Guilcher : Histoire de la danse traditionnelle, qui consacre tout un chapitre à l’histoire de la bourrée en Auvergne ).

Autrefois, les bourrées étaient dansées par des hommes. Elles étaient une joute et un jeu à la fois.

Lorsque les femmes sont venues danser avec les hommes, le jeu est devenu celui de la séduction, modifiant ainsi la nature de la danse.
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Les formes sont variées, bourrées à deux, bourrées en quadrette, bourrées en ronde, cortège, bourrées de d’hommes.

Les évolutions vont du simple trajet rectiligne ou incurvé à des chorégraphies plus complexes : chaine, moulin, poursuite, croisements, valse, tours de mains…

Le répertoire est très riche. Il n’est pas figé. On emprunte des éléments de figures à d’autres répertoires. Chacun est libre, dans le respect du mouvement général d’user de fantaisies. Chaque danseur trouve sont attitude, sa présence à la danse.

Chaque bourrée est précédée d’un appel du musicien, elle est également ponctuée d’une ritournelle de fin.

Nous nous intéressons ici uniquement à la forme à 2.
Les danseurs sont face à face ou légèrement décalés, ils s’éloignent, se rapprochent, se croisent. Il peut y avoir une seule figure le va et vient, effectué dans un sens et dans l’autre. Toutes les fantaisies sont permises  (tours sur les mains, accroupissements, lancés de la jambe libre, chute sur un genou, frappés de pieds, de mains…). C’est l’essentiel de la danse. Ce qui compte c’est l’allure dans la danse, pas la succession des figures.

A la figure du va et vient on a ajouté plus tard, des trajets valsés.

Dans la première partie, on fait des « tiroirs », c’est à dire des allers-retours, s’éloignant et se rapprochant ainsi de son(sa) partenaire.
Ces allers-retours ne se font pas en ligne droite mais ont un tracé plus ou moins éliptique.
D’autres déplacements sont possibles et utilisés selon sa maîtrise des différents pas de base (ce qui permet de danser juste mais à son niveau d’apprentissage, de maîtrise ou de confort physique…)

Dans la deuxième partie, on tourne l’un autour de l’autre dans un mouvement éliptique.
Là aussi, d’autres déplacements sont possibles et utilisés selon sa maîtrise des différents pas de base (ce qui permet de danser juste mais à son niveau d’apprentissage, de maîtrise ou de confort physique…)

La musique qui accompagne la bourrée est très spécifique, d’abord jouée au violon puis au XXe siècle à l’accordéon chromatique puis diatonique ou à la cabrette, et à la vielle à roue.

Les collectages effectués vers la fin du XIX e siècle montrent qu’un très grand nombre de bourrées sont chantées. Les paroles, en occitan auvergnat, sont souvent courtes et ne servent, pour les musiciens, qu’à se remémorer la musique. Certaines bourrées se chantent néanmoins en français. Contrairement à la Bretagne, le chanteur ne danse pas. Il est à l’extérieur de la danse, et martèle de ses pieds le rythme.

La bourrée est une danse légère, souple (les danseurs donnent l’impression de glisser sur le sol), le danseur se tient droit, les épaules dégagées,  le corps est détendu. La tête ne bouge pas.

Le pas est difficile à exécuter par la combinaison (des pas et) des déplacements. Le pas est toujours le même que l’on évolue en ronde, en avançant, en reculant, sur le côté, en tournant, que la cadence soit vive ou lente.

Le pas de base est un pas glissé à trois temps, avec un appui sur chaque temps. Le premier temps est le plus accentué. C’est une succession de posés de pied droit et gauche. Les pieds sont presque toujours à plat. Les jambes et les genoux sont souples. Style coulé, pas de heurt.

La danse s’accompagne de mouvements de bras qui oscillent à raison d’un balancement par mesure. Certains étendent les bras à hauteur du visage, d’autres font tourner les poignets l’un autour de l’autre. (Selon les régions, on voit les bras très haut façon fandango, ou bien faire balancier de diverses façons).

Le musique est ternaire et la structure n’est pas toujours régulière : il peut y avoir deux ou trois phrases musicales (voire quatre plus rarement).

Chaque phrase peut être ou non doublée et comporte entre 6 et 12 mesures. Par exemple :

  • 1e phrase : 3 x 2 mesures doublées
  • 2e phrase : 2 x 4 mesures non doublées
  • 3e phrase : 2 x 4 mesures doublées

Cependant, ce n’est pas aussi tranché que cela. parfois certains morceaux sont sur des structures absolument impaires et les phrases musicales n’ont pas la même grandeur. Par contre elles sont récurrentes , c’est-à-dire qu’une fois le tour joué entièrement le musicien rejoue la même chose de la même durée tout le long du morceau, ce qui permet au danseur de se fabriquer une longueur de trajectoire adéquate à une longueur musicale, une fois que le danseur aura ajusté sa trajectoire il pourra lui aussi la faire récurrente ou pas….

En Auvergne, lorsque l’on danse la bourrée à deux, on garde toujours son(sa) partenaire dans son champ de vision, si loin que l’on aille.

Tout cela fait que la bourrée d’Auvergne est une danse qui laisse beaucoup de liberté à celui qui la pratique.

Beaucoup de choses ont été modifiées par le fait que la pratique de cette danse est depuis ces 50 dernières années à été transmise par enseignement et non plus par imprégnation et transmission générationnelle.

De fait nombre d’enseignants (certain sont devenues enseignants par analyse des danseurs filmés et rencontrés, sans héritage de cette pratique…) ont été obligés de trouver des astuces dites « pédagogiques » afin d’accompagner leurs élèves dans une progression. Ils ont donc codifié les trajectoires, la musique, les nombres (pairs) d’une façon assez rigoureuse et sur un système mathématique.

Mais maintenant nous retrouvons des jeunes qui ont appris par imprégnation et qui repartent avec beaucoup de créativité dans une belle liberté…

 

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Voici une belle illustration de la bourrée d’Auvergne à deux par Christian Frappa et Patrice Sauret

Vidéo pêchée sur Youtube, publiée sur notre site avec l’aimable autorisation de Christian Frappa.
Grand merci à lui!